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La fin d’une ère. Avec désormais plus que quatre courses à disputer, la Formule 1 se prépare à refermer le chapitre de la saison 2021, mais aussi et surtout d’une réglementation technique amenée à changer l’an prochain. Cinquième sous la pression d’AlphaTauri-Honda, Alpine-Renault nourrit des ambitions hautes mais aussi réalistes pour son futur, et travaille d’arrache-pied en coulisse pour structurer convenablement l’équipe. Avec un horizon à long terme confirmé, la firme au A fléché met en place les pièces de son puzzle, et attire les convoitises. Pour preuve, la possible arrivée d’une figure, celle d’Otmar Szafnauer.

Depuis 2018, celle qui s’appelait Renault alterne entre la quatrième et la cinquième position au championnat des constructeurs. Si l’équipe n’a cessé de progresser après avoir débuté le projet depuis la neuvième place en 2016, la formation usine du groupe au Losange donne aussi l’impression de stagner. Pis, en dépit d’une belle victoire acquise cette saison, Alpine régresse avec une auto distancée par McLaren-Mercedes et Ferrari, et surtout menacée par AlphaTauri-Honda, qui pourrait bien ravir la cinquième position.

Depuis le début du projet, Renault n’a cessé d’évoquer l’arrivée de la nouvelle réglementation comme étant la phase ultime de sa progression, quitte à compromette les saisons que nous venons de vivre. Ainsi, l’équipe n’a pas drastiquement fait évoluer une voiture à bout de souffle, le moteur de cette année est celui de l’an passé tandis que les modifications techniques mineures imposées par les règles 2021 ont pénalisé l’ensemble. Pour autant, Alpine demande encore du temps, et a dévoilé un projet de 100 courses. Laurent Rossi, le PDG du constructeur français, s’en défend.

" C’est du réalisme, c’est-à-dire que l’écurie a bien progressé depuis la 9e place au classement Constructeurs (en 2016, Ndlr) jusqu’à son niveau plateau actuel aux alentours de P4-P5 ", explique-t-il à AutoHebdo. " C’est une première étape de son évolution qui a été bien réalisée, qui l’a structurée pour à nouveau être considérée comme un team de la première moitié de la grille. Pour aller chercher les tops teams, pour prétendre à redevenir une écurie de pointe, il faut une autre évolution. On n’est pas encore totalement structurés pour être un top team. "

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Le CEO d’Alpine souhaite capitaliser sur un environnement plus favorable à la présence de la marque en Formule 1. Avec Luca de Meo, Renault a désormais un avenir à long terme assuré dans la discipline, là où l’engagement était auparavant remis en cause d’une année sur l’autre. Cela permet de construire en voyant loin. En outre, le budget plafonné permet à la firme française d’évoluer équitablement face aux grandes structures.

" Il y avait ce manque de perspectives en interne côté Renault ", reconnaît Laurent Rossi. " La F1 n’était pas gravée dans le marbre pour 3, 4, 5, 6 ans. Aujourd’hui, c’est totalement différent. On a déjà une garantie que Renault est engagé en F1, je vais dire sur 5 ans, mais en réalité c’est 10 ans, car on réfléchit déjà à la réglementation suivante de manière très active. Avec le plafond budgétaire, on a une perspective beaucoup plus stable d’investissements et de moyens, ce qui nous permet de dire que là enfin sur les 4-5 années, on sait ce que l’on doit adresser avec des ressources qui sont les mêmes pour tous. "

L’équipe a d’ores et déjà pris des décisions remarquées en évinçant du projet des figures telles que Cyril Abiteboul et Rémi Taffin. Des bruits de couloir se font nombreux quant au futur de Marcin Budkowski et Davide Brivio. Annoncé sur le départ pour un retour en MotoGP, ce dernier a démenti et assure vouloir poursuivre l’aventure Alpine en 2022, bien qu’il reconnaît certaines difficultés à se faire à l’environnement F1.

" Il y a encore beaucoup à faire ", affirme-t-il sur Motosprint. " Je dois dire que la Formule 1 est évidemment très difficile, dans le sens où elle est très complexe. Nous sommes aussi dans un très bon moment. Nous sommes très concentrés sur cette finale de championnat, pour essayer de garder la 5e place, ce qui ne sera pas une chose facile, face à AlphaTauri. Je suis là et j’essaie d’apprendre le plus possible. Mon projet 2022 ? Alpine. Alpine F1 ! "

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AutoHebdo a par ailleurs lâché une bombe en début de semaine en annonçant la possible arrivée d’Otmar Szafnauer, l’homme fort d’Aston Martin (ex-Racing Point). Cette figure du paddock est bien connue des amoureux de Renault/Alpine puisque son équipe est celle qui a copié la Mercedes la saison dernière, avec la polémique et les sanctions qui ont suivies. Ironie du sort, il pourrait rejoindre celle qui a ardemment poussé pour condamner sa structure.

Il est toutefois injuste de résumer Otmar Szafnauer à ce fait d’arme. L’américain est surtout connu pour avoir mené Force India à la tête du peloton en dépit d’un budget très inférieur à ses rivales – dont Renault. Il a également travaillé pour le compte de Honda, ce qui fait de lui un homme capable d’évoluer au sein d’un grand constructeur, tout en ayant la capacité à optimiser une organisation. Un CV à priori idéal pour le projet Alpine.

" Je vais faire un audit de la performance collective et individuelle de l’équipe et vais décider en mon âme et conscience quand la saison est terminée ", explique Laurent Rossi qui n’évoque pas la rumeur Otmar Szafnauer. " Car 1 : je veux qu’on accroche la P5 et l’organisation actuelle, qui a signé 15 arrivées dans les points consécutives, fonctionne bien, donc je ne vais pas casser ça. 2 : on est en plein développement de la monoplace de l’année prochaine, donc je ne vais pas casser ça non plus. "

" À la fin de tout ça, de la saison en cours et du développement de la monoplace 2022, je déciderai ce que je souhaite faire évoluer – je prends soin de choisir ce terme-là ‘’évoluer’’, pour aller chercher une performance supérieure. P5, c’est l’objectif cette saison, ce n’est pas ce que je souhaite pour l’an prochain. L’organisation n’est probablement pas en mesure d’aller chercher au-dessus. Davide s’inscrira dans cette réflexion ", précise le français.

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De son côté, Viry-Châtillon est pleinement concentré sur le développement du moteur de 2022 qui sera une totale révolution par rapport à la monture actuellement utilisée. L’entité française a vu sa structure évoluer profondément depuis le départ de Rémi Taffin, avec du mouvement de personnels, incluant des recrutements externes. Renault s’est toutefois fait discret sur la question.

" La responsabilité de Rémi était très vaste ", explique Laurent Rossi, toujours pour le compte d’AutoHebdo.fr. " Elle a été divisée en trois. Ces trois directeurs sont sous ma direction directe et cette structure fonctionne très bien. Elle pilote le développement du nouveau moteur. On n’a pas fait de vagues parce qu’on n’a pas l’habitude d’en faire chez Renault. On ne fait pas connaître tous nos recrutements et mouvements de personnel. On avance avec notre propre feuille de route. "

" Je souhaite que l’on retrouve un niveau qui est conforme à notre histoire. Renault est l’un des deux motoristes historiques de la Formule 1 avec Ferrari, sans faire injure à Mercedes. On a toujours été là depuis 45 ans. Et personnellement, en tant que motoriste, j’ai envie que l’on retrouve un moteur compétitif. Cela ne se décrète pas. Il faut travailler. Cela prend du temps. On va y mettre beaucoup d’efforts ", ajoute-t-il.

Il est clair qu’Alpine (Renault) a connu une vraie impulsion avec les arrivées de Luca de Meo et Laurent Rossi. Si la stabilité n’est pas acquise du fait des réorganisations menées, elle est pourtant importante et recherchée. En guise d’exemple, la firme au A fléché a signé Esteban Ocon pour trois ans.

" La Formule 1 a enfin commencé à intégrer quelque chose qui est plus naturel pour moi et pour nous autres au Groupe Renault, c’est ce besoin de planifier sur le moyen, long-terme, et pas de se remettre en question tous les ans ou 2 ans ", affirme à ce sujet Laurent Rossi. " Ce qui au passage a fait souffrir mon écurie les années précédentes. Les départs de Carlos Sainz puis de Daniel Ricciardo, ce sont des petits traumatismes. C’est une épine dans le pied du point de vue développement de la monoplace car cela reste éminemment lié à la typologie que le pilote veut lui donner. Je n’ai pas envie de vivre tout ça. Pour toutes ces raisons – performance, continuité, et évolution de la F1 vers une perspective à moyen, long-terme – il me paraît encore plus logique d’avoir signé Esteban trois ans. "

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Définitivement, avec ce plan de route clair et ambitieux, Laurent Rossi sait où il veut aller. Bien sûr, un projet de 100 courses demande nécessairement de la patience. Mais avec une nouvelle réglementation à venir en 2022 et une certaine maturité acquise cette saison, Alpine pourrait aller plus vite. C’est en tout cas ce que rêve secrètement l’un des cadres de l’équipe, l’espagnol Fernando Alonso.

" Nous y allons pas à pas, la première chose est de voir comment les règlements affecteront notre compétitivité l’année prochaine ", affirme le double Champion du Monde. " Nous espérons que ce moment arrivera avant les 100 courses, en tout cas nous mettons tout dans ce projet pour qu’Alpine atteigne le sommet. L’équipe s’améliore, je peux le sentir, depuis le début de la saison. Je pense que nous avons identifié nos faiblesses, et je pense que désormais l’équipe est beaucoup plus forte, nous arrivons chaque week-end un peu mieux préparés. "

En attendant, il y a une campagne 2021 à terminer. L’équipe connaît une tournée américaine compliquée, avec seulement deux points enregistrés en autant de courses disputées. Désormais à égalité avec AlphaTauri-Honda, Alpine n’est pas la favorite pour conserver son cinquième rang au championnat. Ce week-end le duel se poursuit au Brésil avec l’inédit format des qualifications sprint. L’écurie usine du Groupe Renault entend en tirer profit pour se refaire une jeunesse.

" Cela s’annonce disputé jusqu’au bout avec AlphaTauri après leurs gros points pris au Mexique ", commente à ce sujet Marcin Budkowski. " Nous avons le même nombre de points, mais nous les devançons actuellement grâce à la victoire d’Esteban en Hongrie. À ce stade de la saison, les performances des monoplaces sont plutôt figées à travers toute la grille, mais nous verrons des résultats différents en fonction des caractéristiques de chaque tracé et des voitures qu’ils favorisent. "

" Le Brésil est à une altitude moins élevée que le Mexique, donc nous nous attendons à ce que cela ait moins d’influence sur notre compétitivité. Nous avons plutôt bien performé lors des deux dernières expériences [Sprint], donc nous abordons cette semaine avec confiance et enthousiasme. C’est un circuit où les dépassements sont possibles, ce qui en fait un endroit idéal pour ce format ", conclut le polonais.

 

Source: Confidential Renault