Le numéro 2 de Renault, Carlos Tavares, quitte ses fonctions

Le directeur général délégué aux opérations était en poste depuis 2011.

Par AFP

«D’un commun accord avec Renault, Carlos Tavares cesse à compter de ce jour d’exercer ses fonctions de directeur général délégué aux opérations de Renault, afin de poursuivre des projets personnels.» Le communiqué est laconique, mais l'annonce, peu surpenante. Renault se trouve sans numéro deux après le départ annoncé jeudi de Carlos Tavares, qui avait créé la surprise il y a deux semaines en affichant son ambition de prendre la tête d’un autre constructeur automobile.

Il figure dans les effectifs de l’entreprise, jusqu’à une date non précisée et c’est le PDG Carlos Ghosn, qui reprend «à titre temporaire» ses fonctions, a dit un porte-parole. «Une adaptation de l’organisation visant à renforcer les performances industrielles et commerciales du Groupe Renault sera arrêtée et communiquée prochainement», s’est limité à ajouter le groupe.

Tavares, 55 ans, a sucité l’étonnement il y a deux semaines en confiant dans un entretien à l’agence financière Bloomberg que, faute d’espoir de succéder un jour à Carlos Ghosn, il visait plus haut ailleurs, notamment chez les géants américains du secteur.

Le PDG de Renault, âgé de 59 ans, arrive en fin de mandat l’an prochain. Rien ne présage qu’il ait l’intention de lâcher les rênes du groupe, qu’il dirige en même temps que son partenaire japonais Nissan, et à la tête duquel il a été reconduit pour deux ans en juin. «Nous avons un grand patron et il est là pour rester», avait dit Carlos Tavares.

Envie d’Amérique

«Toute personne qui a la passion de l’industrie automobile arrive à la conclusion qu’il y a un moment où vous avez l’énergie et l’appétit pour devenir numéro un», avait-il déclaré à Bloomberg.

D’origine portugaise, Tavares, qui a fait l’essentiel de sa carrière chez Renault et chez Nissan, avait évoqué la possibilité de diriger les américains General Motors ou Ford qui pourraient être amenés à remplacer prochainement leurs dirigeants, Dan Akerson et Alan Mulally. «Mon expérience serait appréciable pour n’importe quelle grande compagnie», a déclaré Tavares. «Pourquoi pas GM ? Ce serait un grand honneur de diriger une entreprise comme GM.»

Ses déclarations ont créé la surprise chez Renault, jusqu’au plus haut niveau, a reconnu jeudi une source interne. «C’est tombé comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu», aurait déclaré Ghosn, qui a pris en début de semaine la température en interne afin de voir comment les nouvelles ambitions de son bras droit étaient perçues et quelles conclusions il devait en tirer.

Tavares, un ingénieur féru de course automobile, ne sera resté qu’un peu plus de deux ans à son poste. Il avait pris ses fonctions en mai 2011, après la fausse affaire d’espionnage qui avait entraîné le départ de son prédécesseur, Patrick Pélata. Cet homme du sérail, qui a enchaîné différentes fonctions dans la gestion de programmes chez Renault pendant plus de 20 ans avant d’élargir son expérience en passant chez Nissan, était apprécié pour son amour et sa connaissance du monde automobile.

Il avait par exemple à coeur de faire renaître la mythique marque de voitures sportives Alpine, de relancer la marque au losange dans le haut de gamme après les échecs cuisants des modèles Avantime et Velsatis. Il ambitionnait de placer Renault au même niveau que l’allemand Volkswagen en terme de qualité perçue par les clients.

Que restera-t-il au sein de Renault du projet de relancer la marque Alpine?

Alpine perd son fervent défenseur

Renaissance de la marque, création d'une co-entreprise Renault-Caterham, annonce de la sortie officielle du véhicule en 2016 : Carlos Tavares a œuvré avec une forte conviction pour le retour d'Alpine. Il quitte aujourd'hui l'entreprise Renault.

L’annonce du départ de Carlos Tavares de son poste de directeur général délégué de Renault n’est pas une bonne nouvelle pour la renaissance d’Alpine.

Grand capitaine d’industrie automobile, mais aussi passionné de sport automobile, c’est en effet lui qui a porté à bout de bras la renaissance d’Alpine, qui fut longtemps un serpent de mer dans l’entreprise française après la disparition de l’A610 en 1995.

L’impulsion qu’il a donnée a été déterminante pour que ce projet arrive sur le devant de la scène et soit viable économiquement, via un partenariat avec Caterham (les deux entités ont créé une co-entreprise en juin dernier).

L’implication, l’expertise et la passion de Carlos Tavares dans le projet Apine étaient telles qu’il n’avait pas hésité à se glisser dans le cockpit du concept Alpine A110-50 sur la piste du Grand Prix de Monaco.

Alpine perd son artisan de l’ère contemporaine, mais la marque fédère autour d’elle et au sein de l’entreprise, en particulier chez Renault Sport, tout un faisceau de passionnés et de fervents défenseurs du projet.

Reste qu'au moment où les débats sont cruciaux pour figer le style, arbitrer les choix financiers et déterminer la bonne philosophie du véhicule, qui doit être un équilibre subtil entre l’évocation de l’A110 et les contraintes d’aujourd’hui, l’Alpine n’avait pas besoin de se retrouver orpheline.