Directeur-adjoint d’Alpine, Bernard Ollivier a été l’un des grands artisans du retour en 2013 de la marque normande sur les circuits. Il part à la retraite avec le sentiment d’avoir vécu une immense aventure humaine, couronnée de succès sportifs !

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Le duo dirigeant d'Alpine : Bernard Ollivier (au centre) et Philippe Sinault (à gauche)

 Depuis  2013 sa silhouette était familière dans le stand Alpine. Bernard Ollivier, directeur-adjoint de la marque normande, était le responsable du programme sportif au côté de Philippe Sinault le patron de Signatech. Et il a vécu de l’intérieur la construction d’un joli palmarès LMP2 pour le team Signatech-Alpine : champion d’Europe (2013, 2014), champion du monde et victoire aux 24 Heures du Mans (2016). Une moisson remarquable en cinq saisons au sein d’une équipe soudée. “Je suis allé les soutenir à quasiment toutes  les courses. Et effectivement les liens sont devenus très forts. Les pilotes sont aujourd’hui membres de la famille Alpine même si certains ont pu partir ailleurs" souligne Bernard Ollivier. Sans oublier la complicité avec Philippe Sinault, le team manager, patron de Signatech, l'écurie installé à Bourges "il est vraiment devenu un ‘Alpiniste’.  Il a parfaitement compris la philosophie de la marque. Et Philippe a la simplicité, la proximité et la chaleur humaine qui collent bien à Alpine”.  

Ne jamais 'jeter' un pilote ! 

Dans le milieu parfois impitoyable du sport automobile, Bernard Ollivier s'est toujours montré  soucieux de conserver certaines valeurs. Par exemple ne pas accabler celui qui est derrière le volant à 300 km/h "les pilotes ont besoin d'être en confiance, surtout lorsque le résultat n'est pas celui qu'on attendait. Il est important qu'ils sachent que le constructeur n'est pas un bureaucrate qui jette un pilote comme on met un papier à la poubelle" estime le désormais ex dirigeant d'Alpine. 

Alpine Depart Bernard Ollivier3Bernard Ollivier, toujours proche des pilotes (ici avec Nelson Panciatici)

Parmi les pilotes qui ont défendu le A fléché : Pierre Ragues, champion d'Europe 2013 et 4e des dernières 24 Heures du Mans avec la marque normande. "Bernard a été un peu notre 'papa'" confirme le Caennais. "Au début pour nous apprendre l'immense histoire de la marque. Et sa présence dans le paddock était toujours chaleureuse. Bernard est un vrai passionné !". Un sentiment partagé par Nelson Panciatici, coéquipier de Ragues lors de la saison inaugurale en 2013 : "Dés le départ on a été en phase, Bernard reste positif dans les moments difficiles, sans jamais accabler personne et notamment les pilotes. Il ne m’a jamais fait aucun reproche" précise le seul pilote qui a vécu l'intégralité de la période 2013-2017 d'Alpine.

L’apothéose  2016 

A  l’heure du bilan, s’il faut choisir LE temps forts de cette moisson, Bernard Ollivier retient le succès en 2016 lors du mythique double tour d’horloge "Une victoire au Mans est plus forte encore qu’un titre mondial". Parce que le titre on le voit se profiler course  après course ! Aux 24 Heures du Mans tout peut basculer à tout moment. On va s’endormir quelques heures et au réveil on se demande si la voiture est toujours là. Cette course crée des liens très étroit avec les pilotes et les ingénieurs qui, eux, ne dorment  pas ! C’est pour ça que cette épreuve est mythique ! “. 

Alpine Depart Bernard Ollivier4Pilotes, mécanos, ingénieurs : tous ont réussis la course parfaite aux 24 Heures du Mans 2016

En cinq participations au Mans au sein de l’écurie Alpine, Bernard Ollivier a tout connu. Cette joie de la victoire mais aussi de cruelles désillusions comme l’an dernier lorsque le podium toutes catégories  s’est envolé à 45 minutes de l’arrivée…. “ça nous rappelle qu’il faut rester modeste en sport automobile. Et il faut parfois un peu de chance.....” se remémore le néo retraité.  

2013 : le  succès plus vite que prévu !

Avec le recul, le palmarès des Bleus prend un certain relief. En 2013 la marque Alpine est en effet réapparue sur les circuits après 35 ans d’absence. Et si elle avait quitté le sport automobile par la grande porte (victoire aux 24 Heures du Mans 1978 avec la mythique A 442b), elle revenait dans le paddock sans ambition démesurée se souvient Bernard Ollivier “notre premier objectif avec Carlos Tavares (NDLR : alors n°2 de Renault, aujourd'hui PDG de PSA) n'était pas de gagner immédiatement des courses mais de gonfler la notoriété d'Alpine". La marque normande, disparue de l'industrie automobile, avait en effet besoin de retrouver un peu de lumière en profitant surtout de son engagement aux 24 Heures du Mans. "Une marque mythique. J'en entendais parler par mes parents depuis que j'étais tout petit" se souvient Nelson Panciatici. "Elle fait partie du groupe Renault où j’ai fait toutes mes classes dans leurs formules de promotion monoplace. J’avais plusieurs options pour la saison 2013, mais quand Philipe Sinault m’a proposé de le rejoindre avec Alpine, je n’ai pas hésité une seule seconde".

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Première participation de l'entité Signatech-Alpine aux 24 Heures du Mans 2013. Au centre Carlos Tavares, devenu depuis patron de PSA

Mais  le sens tactique le Philippe Sinault, éprouvé depuis longtemps en monoplace comme en Endurance, et la bonne combinaison de pilotes ont apporté un succès plus précoce que prévue ! Le duo Nelson Panciatici - Pierre Ragues s’est imposé dès la 5e course de la saison sur le Hungaroring de Budapest “cette victoire a été un déclic” se souvient Bernard Ollivier. “Je me souviens de la première course de la saison à Silverstone, très compliquée ! Puis le team s’est mis en place jusqu’à cette première victoire en Hongrie”. Un succès inoubliable pour Pierre Ragues, auteur ce jour là d'une course remarquable (5e sur la grille de départ et leader dès le 2ème tour) "Sans doute ma plus belle course" sourit le pilote normand. "Je prends le départ dans des conditions difficiles. Il pleut sur une bonne partie du circuit. Il n'y a que la ligne droite devant les stands où la piste est sèche, j'insiste pour mettre les pneus pluies et c'est le bon choix ! C'est victoire a tout changé" détaille Pierre Ragues. "C’est certain que la victoire en Hongrie, qui nous permet de revenir dans le match pour le titre européen,  aura été un véritable déclencheur ." confirme Panciatici.

Alpine Depart Bernard Ollivier6La première victoire lors des 3 Heures du Hungaroring. Bernard Ollivier accompagne les pilotes : Panciatici et Ragues

Un succès fondateur qui a placé sur orbite la marque normande pour décrocher le titre continental, quelques semaines plus tard, après une course stressante au Castellet. "On a même été confronté à un volant cassé en course... ce qui n'arrive jamais !" se souvient Pierre Ragues. Mais la première ligne du palmarès a été écrite en cette fin septembre 2013 avec le titre européen en Endurance. "Qui aurait dit ça il y a six mois lorsque la peinture était encore fraîche sur la voiture ?" se félicitait alors Bernard Ollivier, quelques minutes après le drapeau à damier dans la douceur automnale de la nuit varoise.  

L'Histoire s'est donc enclenchée lors de cette saison inaugurale, confirmée dès l'année suivante par un nouveau titre européen... à nouveau après une finale éprouvante, cette fois à Estoril (Portugal) "mon meilleur souvenir avec Bernard restera notre victoire au championnat en 2014 " se remémore Nelson Panciatici. "On avait eu un problème au pit stop qui nous a fait perdre beaucoup de temps alors qu’on était en tête et il avait fallu ensuite remonter dans le classement. On l'a fait et à l’arrivée Bernard était d’une joie communicative". Après l'Europe, Alpine agrandira son horizon et ses ambitions en 2015 avec un saut en championnat du monde. Avec là aussi un certain succès (six victoires et un titre) ce qui fait dire à Bernard Ollivier que “les objectifs n’ont pas été atteints à 100% mais à 200 % !". Evidemment tout n'a pas été parfait, comme en 2015 avec un châssis dépassé, ou pendant la campagne 2017 lorsque Alpine, face à une forte concurrence,  a dû se contenter d'une seule victoire en championnat du monde. Ce qui devrait décupler l'envie de rebondir en 2018, même si le programme n'est pas encore connu. Le voile sera en partie levé ce vendredi, lors de l'annonce par l'ACO des engagés aux prochaines 24 Heures du Mans. 

Quand on est piqué au bleu....

Bernard Ollivier a donc "refermé la porte de son bureau" selon sa propre expression. Mais il observera toujours son écurie de coeur "quand on est piqué au bleu pas besoin d'un vaccin de rappel !" résume-t-il. Surtout qu'il a activement préparé la saison à venir en Endurance mais aussi sur de multiples fronts : Alpine's Cup, 40e anniversaire de la victoire aux 24 Heures du Mans ou encore promotion de l'A110 la voiture construite depuis quelques mois dans l'usine de Dieppe "elle sera voiture ouvreuse du prochain rallye de la Côte Fleurie" souligne-t-il. "Parce qu'il faut que les gens la voit et l'entende".  La fabrication de cette berlinette du XXIe siècle a aussi boosté les effectifs sur les chaînes de montage. Clin d'oeil du destin, cette voiture "made in Normandy" a été désignée la semaine dernière "plus belle voiture de l'année 2017". Un prix très convoité... et obtenu le jour où Bernard Ollivier est officiellement devenu un retraité.

"Bernard prend aujourd’hui une retraite bien méritée après avoir accompli sa mission"

résume Nelson Panciatici.

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Et le mot de la fin à Bernard Ollivier: « Merci à toute l'équipe pour ces 41 années, particulièrement pour cette période de près de 6 ans, extraordinaire, consacrée à Alpine. Plus qu'un projet, c'était une aventure incroyable » Après un parcours mémorable Bernard Ollivier, Dir. Général adjoint Alpine, signe sa sortie.

Merci pour la tâche accomplie au sein d'Alpine compétition! "le webmestre du site Alpine-sport.net

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